Pour sa troisième édition, le festival Tonnerresol transforme le centre-ville de Tonnerre en carrefour de la bande dessinée indépendante. Portée par sa présidente Camilla Patruno, la manifestation défend la gratuité, l’ouverture aux auteurs étrangers et le lien direct avec le public.
Légende : Dédicaces, conférences et échanges conviviaux, la dernière édition de Tonnerresol a fait vibrer le centre-ville pendant tout un week-end. Crédit : Marie-George Stavelot
Le festival Tonnerresol en est à sa troisième édition. Comment est née cette aventure ?
Tonnerresol, c’est une envie très forte de partager la bande dessinée. Cela fait trois ans que nous organisons le festival, au marché couvert, place Saint-Sylvestre, à l’espace Bouchez, salle Marland, et même chez certains galeristes. Deux jours intenses, avec environ 1 000 visiteurs. Deux jours après la fin, on pense déjà à l’édition suivante ! C’est énormément de travail, surtout les deux mois en amont, mais c’est du bonheur. Ce festival, c’est rendre à la culture ce qu’elle nous a donné.
Vous défendez une ligne très indépendante et généraliste. Pourquoi ce choix ?
Nous n’avons pas de thème imposé. On veut montrer que la BD peut parler de tout, maladie mentale, violences faites aux femmes, exil… C’est un média hyper fédérateur. Nous accueillons des auteurs comme Émile Bravo ou Edmond Baudoin, mais nous traitons tous nos invités de la même façon. Nous tenons aussi à inviter beaucoup d’auteurs étrangers — Ukrainiens, Japonais, Néerlandais, Anglais, Chinois, Belges… — pour montrer les différences de regards. C’est fondamental pour nous.
La gratuité est aussi un marqueur fort du festival.
Tout est gratuit, même les quatre conférences animées par de grands auteurs. L’accès à la culture est primordial, surtout quand on sait que chaque année les budgets diminuent. Beaucoup de festivals ont renoncé, faute de financements. Nous, on serre le poing et on continue. On vend des espaces publicitaires dans notre programme, on a des adhérents, on organise des événements toute l’année pour trouver des fonds — vente de vin chaud, crêpes, marque-pages… Les gens sentent notre détermination et nous soutiennent.
Le lien humain semble au cœur de votre projet.
C’est essentiel. À midi, on mange avec les auteurs. Les visiteurs peuvent vraiment échanger : une dédicace, c’est 30 à 40 minutes par personne, c’est du travail et du don de soi. Certains auteurs reviennent après avoir raté une édition. Des liens se créent, parfois même des collaborations avec nos bénévoles. L’an dernier, la venue du journaliste pakistanais réfugié politique Taha Siddiqui a été un moment humainement très intense. C’est ça aussi, Tonnerresol.
Ethan Bickle

