
Sens a deux visages. Celui des cathédrales et des archevêques, que les guides touristiques s'arrachent. Et celui d'une ville qui a traversé l'Occupation les dents serrées, et qui refuse, encore aujourd'hui, de faire semblant d'oublier.
Longtemps, c'était juste la rue principale. Commerçante, banale, traversée sans y penser. Elle s'appelle désormais rue des Déportés et de la Résistance. Un nom qui pèse. Un nom qui oblige ceux qui le prononcent, même en allant acheter leur pain.
Elle s'appelait la Grande-Rue
Sens est occupée dès le 16 juin 1940, libérée le 23 août 1944 par les soldats de Patton. Entre ces deux dates : quatre ans de peur ordinaire, de délations, et de quelques courages extraordinaires. Le 12 juillet 1942, le préfet de l'Yonne ordonne l'arrestation des Juifs étrangers demeurant en ville. Des hommes, des femmes, des enfants, embarqués vers Pithiviers, puis vers l'Est. Vers nulle part.

La rue longe le palais synodal, joyau médiéval que les touristes photographient. L'histoire et l'horreur, à quelques mètres l'une de l'autre.
Les impacts de balles qu'on a failli reboucher
À l'angle du collège Montpezat, des impacts de balles ont bien failli disparaître sous le crépi d'un maçon bien intentionné. Ils sont toujours là. Ce sont ces détails-là, discrets, presque effaçables, qui font la différence entre une ville qui se souvient et une ville qui préfère tourner la page.
Nommer une rue, c'est un acte politique. Ici, c'est un acte de résistance en soi.
Sarah Milen

