Devenu le sportif français le plus médaillé de l’histoire des Jeux olympiques avec neuf breloques au compteur, Quentin Fillon Maillet a marqué de son empreinte les Jeux de Milan-Cortina. Entre lucidité, ambition et nouveaux défis, le Jurassien se projette déjà vers la suite.
Quentin Fillion Maillet, a remporté les deux relais (mixte et masculin) ainsi que le sprint et a fini 3ème lors de la mass-start des JO d’hiver de Milan Cortina. Crédit : Ethan Bickle
EB : Vous sortez de Jeux olympiques exceptionnels, avec un total record de neuf médailles. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette quinzaine ?
QFM : C’est encore un peu flou, pour être honnête. Sur le moment, on est vraiment dans l’action, dans l’enchaînement des courses, et on n’a pas le temps de mesurer ce qui est en train de se passer. C’est seulement après coup que ça prend du sens. Quand je regarde le bilan, forcément, il y a beaucoup de fierté, parce que gagner une médaille olympique, c’est déjà énorme, alors en gagner plusieurs sur une même édition, ça reste quelque chose d’exceptionnel.
Ce qui me marque le plus, ce n’est pas seulement le nombre de médailles, mais la manière. Il y a eu des courses où tout n’était pas parfait, notamment au tir, mais j’ai réussi à rester dans le match grâce au ski, à mon engagement. Je ne me suis jamais dit que c’était fini, même quand le scénario n’était pas idéal. C’est cette capacité à m’accrocher qui me satisfait. Et puis il y a aussi le partage, avec le public, avec les proches. À Pékin, on en avait été privés. Là, le vivre pleinement, ça donne encore plus de valeur à ces résultats.
EB : Avec un tel palmarès, qu’est-ce qui vous pousse encore à continuer ?
QFM : C’est une question qu’on me pose souvent, et en réalité la réponse est assez simple : j’aime profondément ce que je fais. J’aime m’entraîner, j’aime progresser, j’aime chercher des solutions quand ça ne va pas. Les médailles, c’est la finalité, mais ce n’est qu’une petite partie de tout le projet. Ce qui me motive au quotidien, c’est le travail, la discipline, l’exigence que ça demande.
Je sais aussi ce que ça représente comme investissement, comme sacrifices, mais c’est un équilibre que j’ai trouvé avec le temps. Et puis il y a cette envie de gagner, qui est toujours là. Elle ne disparaît pas avec les succès, au contraire.
EB : Vous vous projetez déjà vers les Jeux de 2030 et un nouveau chapitre personnel avec la paternité. Comment abordez-vous cette suite ?
QFM : Ce sont deux défis importants, mais que je vois de manière très positive. La paternité, c’est une nouvelle étape de vie, quelque chose qui va forcément changer beaucoup de choses dans mon quotidien. Mais je suis convaincu que ça peut aussi m’apporter un équilibre différent, une autre forme de motivation. Beaucoup de sportifs sont passés par là et ont réussi à rester performants, donc à moi de trouver les bons ajustements.
L’idée reste la même : continuer à être compétitif. Je m’entraîne comme si j’avais 25 ans, avec l’expérience en plus, et je pense que c’est un vrai avantage aujourd’hui. Les Jeux de 2030 sont dans un coin de ma tête, évidemment, surtout avec une échéance en France, mais je ne me focalise pas uniquement là-dessus. Ce qui compte, c’est de prendre du plaisir au quotidien.
Propos recueillis par Ethan Bickle
