Avec 550 véhicules de collection et des milliers de visiteurs, la ville thermale s’est transformée le 19 avril en véritable machine à remonter le temps. Entre embouteillages d’antan, concerts rétro et autos mythiques, Pougues-les-Eaux a fait revivre, le temps d’une journée, la légende de la route des vacances.
De 5 000 visiteurs en 2012 à plus de 35 000 en 2026, l’engouement pour le vintage ne faiblit pas. Il était encore très visible le 19 avril dernier à Pougues-les-Eaux. Ceux qui ont connu la ville thermale de la Nièvre avant la construction de l’A77, en 1998, ont même pu retrouver — pour le plaisir cette fois — les embouteillages interminables de la fin du XXe siècle, lorsque les vacanciers s’étiraient sur plusieurs kilomètres, au grand désarroi des habitants.
Le temps a pourtant bien changé. Si l’ancien Courtepaille a cédé sa place à une enseigne de fast-food américaine, que certains commerces ont peiné à renaître, et que les vacanciers tracent désormais sur l’A77, l’ambiance, elle, était bien là : 550 véhicules venus des années 1910 aux années 1990.
Dès 9h, le public a été accueilli au Casino avec l’arrivée des premiers véhicules de collection. Après un rallye sur les routes de la Nièvre, les voitures ont regagné le centre-ville pour leur installation, avant un discours officiel suivi d’un vin d’honneur, accompagné par l’Harmonie de Pougues.
L’après-midi a été marqué par une succession de concerts sur les différentes scènes : reprises des années 50 à 70 avec Hugues Futo, puis rock et rhythm & blues avec le Globine’s Band Experience. En parallèle, les Élégantes Rétro Nivernaises ont présenté leur défilé et leur show dansant sur la scène principale.
Tout au long de la journée, les animations se sont enchaînées : déambulations de la Banda Azur et Or, présence de Miss Beauté Bourgogne et de ses dauphines, ainsi que les interventions de Françoué le facteur, incarné par Marc Anthéor, dans la lignée du célèbre personnage popularisé par Jacques Tati dans Jour de fête (1949). À cela se sont ajoutées les interventions au micro de Jean-Michel Loubaut, tandis que NVS Radio assurait une émission en direct. 
Le long de la Nationale 7, le public a pu découvrir diverses expositions consacrées à la mémoire de la route des vacances et au patrimoine local. Des séances de dédicaces ont également rythmé la journée, en présence de plusieurs auteurs venus échanger avec les visiteurs et présenter leurs ouvrages : Jean-Paul Naddéo, engagé dans des récits de témoignages et de mémoire des territoires ; Franck Coste, auteur de nombreux albums illustrés consacrés notamment à Nationale 7, de Paris à Menton, La Traction Avant, l’universelle ! ou encore Sportives de légendes ; et Alex Cullell, illustrateur collaborant à ces mêmes ouvrages collectifs autour de l’histoire automobile et des grandes routes françaises. L’avenue de Paris a accueilli artisans, commerçants vintage, restauration, buvettes et espaces d’exposition, dans une ambiance fidèle à l’esprit des grandes heures de la route des vacances.

Photos de Philippe Mirebeau
Un musée roulant à ciel ouvert
Tous les styles étaient représentés. Les voitures populaires d’abord, avec les incontournables Citroën 2CV, Renault 4L, Renault 5, Peugeot 205, 204, Simca Aronde, Renault 4CV, Dauphine, Fiat 500, Juvaquatre ou encore Citroën Ami 6. Plus loin, les modèles haut de gamme attiraient les regards : Mercedes-Benz 190 SL — primée la veille lors du concours d’élégance au parc thermal — Hotchkiss, BMW et Jaguar emblématiques. Les sportives n’étaient pas en reste, avec des MG, Porsche ou Triumph, offrant un bel aperçu de la production sportive d’époque. Enfin, les grandes routières et modèles intermédiaires complétaient le tableau : Citroën Traction Avant et DS, Peugeot 404, 203, quelques 403 et 504, ainsi que des Combi et Coccinelle Volkswagen, symboles des années hippies.
Et quelques pièces rares venaient couronner l’ensemble, soulignant à elles seules l’importance et la qualité exceptionnelle de la manifestation. On y retrouvait notamment le seul exemplaire roulant au monde d’une Simca Versailles Cabriolet, carrossée en seulement deux unités par Chapron pour le général de Gaulle, une Citroën B14 des années 1920 — dont il ne subsiste aujourd’hui que quelques dizaines d’exemplaires en état de marche —, une mythique Peugeot 402 d’avant-guerre, ainsi qu’une Peugeot 203 coupé, produite à seulement 903 exemplaires entre 1953 et 1954. Sans compter quelques américaines dont une Lincoln Continental, modèle associé à l’histoire de John Fitzgerald Kennedy. La présence en nombre des Vespa a pu surprendre certains visiteurs, mais il faut rappeler que ces scooters emblématiques, symboles de la démocratisation du deux-roues en Italie, étaient aussi fabriqués à seulement 10 kilomètres de Pougues-les-Eaux, à Fourchambault, entre 1951 et 1962.
L’ensemble de la manifestation a été organisé par l’association J’aime Pougues, forte de près de 150 bénévoles, véritables piliers de l’événement, qui ont assuré pendant plusieurs mois la préparation, la logistique et l’accueil du public. Définitivement, de toutes les routes de France, celle qu’on préfère c’est celle qui conduit, en auto ou en autostop vers les rivages du midi !
Ugo Toussaint



