Aller au contenu principal
Patrick Rimond. Entretiens avec la Terre

Patrick Rimond. Entretiens avec la Terre

Sarah Milien12 mars 2026

Crédit photo : Patrick Rimond

Il a tout quitté. Les équations, le confort, les certitudes. Pour finir les pieds dans un torrent japonais, à parler aux arbres millénaires. À L'Escalier d'Auxerre, Patrick Rimond expose ce que ça donne. Et c'est à couper le souffle.

Il y a des gens raisonnables. Qui font des études d'ingénieur, trouvent un bon travail, rentrent le soir à une heure convenable. Patrick Rimond a commencé comme ça. Il a arrêté assez vite.

Le type qui a tout lâché et bien fait !

En 1996, Patrick Rimond a 30 ans, un diplôme d'ingénieur sous le bras, et une idée fixe : le Japon. Il pose ses valises à Tokyo. Et quelque part entre les néons de Shinjuku et le silence des temples, il lâche les équations pour l'objectif.

Neuf ans à photographier le Japon. D'abord la ville, puis les visages, puis, inévitablement, ce que ni la ville ni les visages ne peuvent contenir. Le vivant. L'ancien. Ce qui était là avant tout le monde et sera là après.

De retour en France en 2005, il ne s'arrête pas. Il expérimente. Résidence Art et Sciences à l'Institut Pasteur. Pellicules périmées. Tirages qu'il casse lui-même. Intelligence artificielle. Son travail devient difficile à classer et donc, vraiment intéressant.

Crédit photo : Patrick Rimond

Yakushima, ou comment se laisser avaler

En 2024, il repart. Direction Yakushima. Une île subtropicale au sud du Japon, classée au patrimoine mondial de l'Unesco. Des cèdres qui ont germé il y a mille ans. Une forêt tellement dense qu'elle semble avoir ses propres règles. Des torrents d'eau douce qui n'attendent personne.

Et là, Patrick Rimond fait quelque chose d'inattendu. Il pose son appareil. Enfin, pas vraiment. Mais il change tout. Il entre dans l'image. Corps dans les torrents. Mains ouvertes sous l'averse. Regard perdu dans la canopée. Des gestes inspirés de rituels chamaniques. Une façon de demander à la forêt la permission d'être là. De ne plus photographier la nature, mais de la laisser le traverser.

Ce qu'on voit dans ces images, ce n'est pas un homme qui domine un paysage. C'est un homme qui accepte d'en faire partie. La lumière ne flatte rien. Elle pénètre. L'eau coule sur les rochers, sur la peau, sur la pellicule. Le sujet, c'est elle.

À Auxerre, l'eau douce de Yakushima

Tout ça arrive jusqu'à L'Escalier, à Auxerre. Du 13 mars au 10 mai, les images d'Entretiens avec la Terre s'exposent dans la galerie de la rue Joubert. Le vernissage a lieu ce jeudi 13 mars, de 18h à 21h. Entrée libre. Les livres seront disponibles sur place.

Une heure ou deux pour entrer dans une forêt millénaire sans quitter la ville. Ça ne se refuse pas.

Sarah Milien

Partager :