
Le feuilleton judiciaire autour du Cifa de l’Yonne touche à sa fin. Selon les informations communiquées par le président de l’Association interconsulaire de formation (AIF) et du Cifa, le Conseil d’État a donné raison à la Chambre de métiers et de l’artisanat de Bourgogne-Franche-Comté (CMA BFC) dans le conflit qui opposait les deux structures depuis plusieurs mois autour de la gestion du centre de formation d’apprentis d’Auxerre.
Un conflit né d’une volonté de reprise en main
Tout part d’une convention signée le 10 juin 1996, par laquelle la CMA BFC confiait à l’AIF la gestion du centre interprofessionnel de formation d’apprentis, installé 3 rue Jean Bertin à Auxerre. Cet accord, censé courir jusqu’au 31 décembre 2029, a été résilié par anticipation par la Chambre de métiers, qui invoquait la nécessité d’assurer une meilleure exploitation financière du site et de mettre fin à des difficultés de gouvernance.
L’AIF, dont la présidence est également assurée par le président du Cifa, a contesté cette décision et refusé de rendre les clés de l’établissement, malgré une première ordonnance du tribunal administratif de Dijon. Cette dernière, rendue en référé le 11 décembre 2025, donnait pourtant deux mois à l’association pour libérer les locaux et permettre à la CMA BFC d’organiser la reprise en gestion directe.
Des arguments financiers contestés
Au cœur du désaccord : la situation financière respective des deux structures. Selon le président de l’AIF, la résiliation s’expliquerait par les difficultés budgétaires de la CMA BFC, qui afficherait une perte de 1,47 million d’euros en 2024, alors que le Cifa de l’Yonne dégagerait un bénéfice de plus de 527 000 euros et aurait investi plus d’un million d’euros dans la rénovation de ses locaux. La Chambre de métiers a fermement démenti cette lecture, assurant que son déficit global résulte avant tout de la baisse des financements de l’État sur ses missions régaliennes, et non de l’activité d’apprentissage, qu’elle juge « robuste et saine ».
De son côté, la CMA BFC souhaitait obtenir les éléments comptables et de gestion nécessaires à la reprise. Ces documents lui ont été transmis par l’AIF par voie d’huissier.
Place à la reprise en gestion directe
Le dossier ayant été porté devant le Conseil d’État du fait de la procédure de référé, c’est la plus haute juridiction administrative qui devait trancher en dernier ressort. D’après le président de l’AIF lui-même, cette décision ouvre désormais la voie à une reprise effective de la gestion du Cifa d’Auxerre par la CMA BFC, avec l’ensemble des biens immobiliers nécessaires au fonctionnement de l’établissement.
Reste à déterminer le montant des indemnités à verser et que récupérera l’AIF.
Le centre forme chaque année près d’un millier d’apprentis dans des filières variées : métiers de bouche, coiffure, esthétique, mécanique, hôtellerie-restauration ou encore commerce. Reste désormais à organiser concrètement la transition, dans un climat qui demeure tendu entre les deux parties.
Préserver un outil devenu une référence
Au-delà du conflit institutionnel, c’est bien la pérennité d’un outil de formation reconnu qui est en jeu. Au fil des années, le Cifa d’Auxerre s’est imposé comme une véritable référence en matière d’excellence, porté par des installations modernisées, des ateliers pédagogiques de pointe et des résultats salués par les professionnels du territoire. Cette réputation, construite progressivement, ne tient pas qu’aux bâtiments : elle repose aussi sur une équipe pédagogique et un savoir-faire qu’il serait risqué de fragiliser au moment du changement de gestionnaire.
Pour les acteurs économiques de l’Yonne, le Cifa n’est pas un simple centre de formation parmi d’autres : il constitue un maillon indispensable de l’apprentissage local, formant chaque année les futurs artisans, commerçants et professionnels du département. Quel que soit l’issue du bras de fer juridique, l’enjeu pour les semaines à venir sera donc d’assurer une transition qui ne vienne pas casser cet outil, mais au contraire en préserve la qualité et la continuité au service des apprentis et des entreprises du territoire.
Sarah Milen

