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Jean-Marie Mignot, l'homme qui a fait du recrutement une affaire de territoire

Jean-Marie Mignot, l'homme qui a fait du recrutement une affaire de territoire

Sarah Milen20 juillet 2026

Avant de fonder Hypérion Consulting, Jean-Marie Mignot a construit une longue carrière de DRH au sein de plusieurs grands groupes, notamment Carrefour, Electrolux, Pirelli/Prysmian et Berner. Il y a passé plus de quinze ans à travailler sur la GPEC, les politiques de rémunération et les relations avec les partenaires sociaux.

Jean-Marie Mignot n'a jamais vraiment choisi de faire du recrutement par hasard. L'idée était là depuis longtemps, presque écrite d'avance : dans le dossier de son DESS Ressources Humaines déjà, le projet d'un cabinet de recrutement était présent. Il le dit lui-même, il a « toujours voulu créer un cabinet de recrutement », et plus largement, « toujours voulu créer une entreprise ». En 2012, quinze ans après avoir posé cette idée sur le papier, il fonde Hypérion Consulting.

Il se souvient encore du déclic, comme on se souvient d'un moment précis : « Je me souviens d'une conférence », raconte-t-il, où il a pris conscience d'un paradoxe qui l'agace encore aujourd'hui, celui d'un territoire qui se sous-estime. Pour lui, l'Yonne souffre d'« un complexe d'infériorité mal placé », alors que le département dispose d'atouts rares : une CCI qui fait « énormément de choses » et une Maison de l'Entreprise qu'il juge « presque unique » en France, pensée pour mettre en relation salariés en formation, étudiants et entreprises. Pour lui, l'attractivité du territoire est directement liée à sa performance économique.

Depuis, le cabinet a grandi, sans jamais quitter cet ancrage local. Parti de l'Yonne, il s'est étendu vers la Bourgogne-Franche-Comté et la Nièvre, puis vers Orléans, avant une implantation complète en Vendée, où l'agence est désormais labellisée entreprise vendéenne. L'équipe compte aujourd'hui deux consultants, deux chargées de recherche, et Jean-Marie Mignot lui-même. En quinze ans, Hypérion Consulting a accompagné environ 250 clients, dont 150 dans l'Yonne, essentiellement des TPE-PME industrielles, et suivi près de 7 000 candidats, dont 5 000 sur le seul territoire icaunais.

Sa méthode, il la résume en une image : « marcher sur ces deux jambes », c'est-à-dire fidéliser à la fois les clients et les candidats, sans sacrifier l'un pour l'autre. Une philosophie qu'il pousse jusque dans son réseau professionnel, où il aime rappeler qu'on se recroise dans l'Yonne, à différents moments de la vie de chacun, un rappel du monde relativement resserré des professionnels du recrutement et des ressources humaines dans le département.

Sur le fond du métier, il porte un regard lucide et sans langue de bois sur le marché de l'emploi. Certains profils restent difficiles à dénicher : contrôleurs de gestion expérimentés, chargés d'affaires industrie bilingues anglais, automaticiens, techniciens de maintenance. D'autres, à l'inverse, affluent en surnombre, comme les community managers, « de partout en France ». Un manque revient particulièrement souvent dans ses observations : l'anglais. Sur des postes comme chargé d'affaires industrie, la maîtrise de la langue est aujourd'hui indispensable, et pourtant c'est précisément la compétence qui fait le plus défaut chez les candidats, un frein réel au recrutement sur plusieurs profils techniques et commerciaux. Il observe aussi un retournement inattendu : des métiers longtemps dévalorisés, mécanique poids lourd, BTP, « prennent leur revanche », portés par des candidats autour de la quarantaine qui, eux, « ne craignent pas le chômage ».

Au bout du compte, le parcours de Jean-Marie Mignot dit quelque chose de plus large sur l'Yonne elle-même : un territoire industriel qui, entre TPE et PME, cherche à recruter autant qu'à retenir ses talents, et où le rôle d'un cabinet comme Hypérion Consulting dépasse la simple mise en relation. C'est tenir ensemble les besoins concrets des entreprises, en quête de compétences rares comme l'anglais ou l'expertise technique, et les parcours des candidats, qu'il s'agisse de jeunes en formation ou de profils expérimentés qui retrouvent une place sur des métiers longtemps délaissés. Une manière, aussi, de faire la démonstration qu'un territoire souvent sous-estimé peut être un terreau d'opportunités, pour peu qu'on sache y croire.

Sarah Milen

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