
Il y a des lieux qui meurent à petit feu. Pas brutalement, mais par épuisement, comme un poumon qui se vide lentement après des décennies d’effort. La fonderie Guilliet, à Auxerre, est de ceux-là. Cent soixante ans de feu, de métal en fusion, de sueur ouvrière. Puis le silence. Puis l’oubli. Un avenir incertain.
Mais avant que ce temple industriel ne ferme définitivement sa mémoire, quelque chose d’inattendu s’est produit : la musique y a repris son souffle.
Du 1er au 3 mai, le collectif Terrain Vague &co a choisi ce vestige comme scène de captation. Pas un théâtre aux murs propres. Une carcasse. Une ossature de fer rouillé, traversée de courants d’air et de lumières moribondes. Un endroit que l’on croyait définitivement expiré.
C’est précisément là que tout a recommencé à battre.
Le groupe mêle rock, électro et hip-hop à des textes qui parlent de la vie sans enjolivements : ses élans, ses ratés, ses petites victoires arrachées au quotidien. Depuis 2024, ils enchaînent les scènes avec une énergie qui ressemble à de l’urgence. Trente concerts, un album autoproduit, des festivals. Partout, la même conviction : la musique doit s’incarner dans des espaces qui ont quelque chose à dire.
La fonderie Guilliet avait encore beaucoup à dire. Alors le groupe a réuni vidéastes, photographes et techniciens autour d’un double objectif : affirmer leur identité sonore et visuelle, et garder trace d’un lieu avant qu’il ne se transforme.

@terrainVague&co
Mika, J.R., Houchix et leurs invités ont fait résonner leurs compositions dans ce ventre d’acier. Comme réveillée trop brutalement, la fonderie s’est mise à tousser sa poussière, à en remplir l’air, à déborder. Il a fallu jeter de l’eau pour la faire retomber. Comme si le lieu respirait trop fort, trop vite, surpris qu’on lui redonne encore un peu de vie.
Ce n’était pas un concert. C’était une respiration artificielle, l’art insufflant un dernier souffle à un lieu en suspens, immortalisant ses instants avant que le silence ne reprenne ses droits.
Certains bâtiments s’éteignent. D’autres se rallument, le temps d’un dernier éclat.
Sarah Milen
