Chaque rentrée coûte un peu plus cher aux communes icaunaises. Pas en euros — en classes, en enseignants, en avenir. Face à une nouvelle carte scolaire qui annonce 759 élèves en moins et des dizaines d'écoles menacées, parents, syndicats et élus se mobilisent. Avec une question qui revient, lancinante : jusqu'où peut-on rogner avant que ça casse ?

759. Le chiffre qui résume tout
Chaque printemps, le même rituel. Les chiffres tombent, la colère monte, les banderoles ressortent des placards. Cette année, le directeur académique Jean-Baptiste Lepetz l'a posé sur la table lundi 23 mars : l'Yonne perdra 759 élèves dans ses écoles publiques à la rentrée 2026. Une baisse de 3,1 % des effectifs, la plus forte enregistrée parmi tous les départements de Bourgogne. Dans la foulée, 21 postes d'enseignants à rendre, une quarantaine d'écoles dans le viseur.
La direction académique se défend : le taux d'encadrement, lui, reste stable, voire légèrement en hausse. Mais dans les cours d'école, on ne compte pas des ratios. On compte des enfants, des maîtresses, des classes qui existent encore.
Lundi 30 mars, le moment de vérité
Les négociations ont démarré jeudi 26 mars entre le DASEN et les organisations syndicales. Sans illusion. Solange Silvan, secrétaire départementale de l'UNSA et enseignante à Cravant, appelle à la grève lundi 30 mars, lors du Comité social d'administration spécial départemental, l'instance où le directeur académique rendra ses arbitrages définitifs. Un appel intersyndical invite parents, enseignants et élus à se rassembler dès 8h30 devant la DSDEN. Le Conseil départemental de l'Éducation nationale tranchera le 8 avril.
L'an dernier, 300 personnes dans la rue n'avaient pas suffi. Vingt-trois classes avaient fermé quand même, malgré les boycotts, les pétitions, les mois de mobilisation. Seule exception : à Ouanne, des parents avaient tenu bon, bloqué l'école, refusé de partir sans un écrit. Ils l'avaient obtenu. Une classe sauvée. Une leçon retenue.

Ville ou village, même combat
Il serait commode d'opposer les ruraux qui se battent aux urbains qui regardent. La réalité est plus complexe. À la rentrée 2025, huit classes ont fermé à Auxerre et à Sens, les deux villes les plus peuplées du département, pour que des regroupements scolaires ruraux puissent tenir. Une forme de solidarité territoriale, non négociée, souvent mal vécue. Les parents des quartiers auxerrois ne se sentent pas moins concernés que ceux d'un village de quatre cents habitants.
Car fermer une classe à la campagne, c'est parfois condamner une école entière. Et avec elle, un peu de ce qui retient encore les gens de partir. Dans l'Yonne, on ne se bat pas seulement pour un tableau noir.
Sarah Milen


