À rebours de la production industrielle, Couleurs Leroux perpétue un savoir-faire rare, fabriquer des peintures à l’huile haut de gamme, où chaque nuance repose sur un équilibre précis entre pigment et liant. Une exigence qui place l’entreprise parmi les références du secteur.
Sur les 102 couleurs développées par Couleurs Leroux, 92 sont mono-pigmentaires, un choix exigeant qui assure une meilleure stabilité et une couleur plus éclatante. Crédit : Ethan Bickle
Dans l’atelier, tout commence par une poudre. Le pigment, matière première essentielle, n’est rien sans transformation. « On ne peut pas faire de peinture sans pigment », explique Marcel Reynaud. Mais seul, il ne suffit pas, il faut lui ajouter un liant, généralement de l’huile de lin ou d’oeillette, issue du coquelicot.
De cette rencontre naît une pâte dense, volontairement épaisse. Rien à voir avec les peintures industrielles trop fluides, à la limite du liquide, ici, la matière doit tenir, résister, offrir une véritable accroche. L’artiste pourra ensuite l’assouplir à sa guise, en y ajoutant de l’huile ou de l’essence, selon son geste. Cette fabrication, fidèle aux traditions des beaux-arts, exclut les solvants. Une exigence technique, mais aussi une philosophie, préserver la pureté de la matière et grâce à ce procéder précis, la couleur ne changera jamais de ton.
L’équilibre qui fait la différence
Derrière chaque couleur, une recette. Et surtout, un arbitrage. Car tous les pigments n’ont pas le même coût. Certains, très rares, font grimper le prix des tubes jusqu’à plus de 100 euros. Pour ajuster les gammes, une poudre incolore entre parfois en jeu, la craie. Incolore, elle permet de stabiliser le mélange et d’en réduire le coût. Mais son usage n’est jamais neutre. « Plus on met de pigment, plus la couleur est puissante », souligne le fabricant.
C’est ce qui distingue les peintures dites « fines » ou « extra-fines ». Dans ces dernières, le pigment est majoritaire, garantissant intensité, profondeur et tenue dans le temps. À l’inverse, des produits plus chargés en craie offriront un rendu moins vibrant, mais plus accessible. Un compromis que Couleurs Leroux pousse au minimum, privilégiant des taux de pigmentation élevés, marque de fabrique de la maison.
Les pigments utilisés proviennent de raffineries expertes. Crédit : Ethan Bickle
Une exigence rare, entre tradition et haute précision
Ce positionnement place l’entreprise dans un cercle très restreint. En Occident, seules quelques structures perpétuent ce niveau de qualité, loin des standards du marché de masse. Car au-delà de la fabrication, c’est toute la durabilité de l’œuvre qui est en jeu. Une peinture à l’huile ne « sèche » pas, elle cristallise. Et pour que la couleur reste intacte dans le temps, le pigment doit être chimiquement stable. C’est là qu’intervient un autre savoir-faire, moins visible : le choix des matières premières, issues des meilleures filières industrielles, capables de garantir une tenue sur plusieurs décennies, voire davantage.
La machine compresse le mélange de pigment et d’huile pour créer une pe
inture avec la texture souhaitée. Crédit : Ethan Bickle
Ethan Bickle

