
Soixante-et-un départements français sont actuellement en vigilance rouge canicule, dont l'Yonne. Si les humains cherchent l'ombre et l'eau fraîche, les routes, elles, n'ont pas cette chance. Sous l'effet des températures extrêmes, le bitume se déforme, et les services routiers doivent intervenir en urgence. Décryptage d'un phénomène méconnu : le ressuage.
Qu'est-ce que le ressuage ?
Une route n'est pas un bloc uniforme. Elle est composée de granulats, ces petits cailloux qui assurent l'adhérence, maintenus ensemble par le bitume, un liant noir et visqueux à température ambiante. Le problème, c'est que ce liant est sensible à la chaleur : plus il fait chaud, plus il se ramollit.
Au-delà d'un certain seuil de température, généralement autour de 30°C plusieurs jours de suite, le bitume perd sa viscosité et remonte à la surface de la chaussée. Il recouvre alors les granulats au lieu de rester en dessous. C'est ce phénomène qu'on appelle le ressuage. Concrètement, la route devient luisante, collante, et surtout glissante, un vrai danger pour les véhicules, et plus encore pour les deux-roues.
Sous le poids répété des voitures et des camions, le revêtement ainsi fragilisé se déforme davantage : des ornières apparaissent, le bitume se creuse, et la chaussée se dégrade plus vite que prévu.
Le lait de chaux, une parade simple
Face à ce phénomène, de nombreux départements français misent désormais sur une technique encore peu connue du grand public : l'épandage de lait de chaux. Il s'agit d'un mélange composé à 85 % d'eau et de chaux, pulvérisé sur la chaussée à l'aide de camions équipés d'une rampe d'aspersion.
Le principe est simple et repose sur une loi de physique élémentaire : les couleurs claires réfléchissent la lumière, les couleurs sombres l'absorbent. En recouvrant le bitume noir d'une fine pellicule blanche, le lait de chaux renvoie une partie des rayons du soleil au lieu de les emmagasiner. Résultat observé par les équipes départementales : une baisse de température de la chaussée pouvant atteindre 10°C, quasiment immédiate après l'épandage.
Une fois l'eau évaporée, la route prend sa teinte blanche caractéristique. Cette couleur s'efface naturellement en une à deux semaines, sauf en cas de fortes pluies, qui diluent le produit et réduisent son efficacité plus rapidement. Sans danger pour l'environnement, la santé ou la conduite, le produit n'est pas non plus nocif pour les véhicules.
Un premier essai à Treigny
Dans l'Yonne, c'est sur le secteur de Vincelles, dans la commune de Treigny-Perreuse-Sainte-Colombe, que le Département a réalisé son tout premier épandage de lait de chaux. Une étape test avant un déploiement plus large sur le réseau icaunais. Depuis le début de l'épisode de fortes chaleurs, plus de 12 kilomètres de routes ont déjà été traités au total dans le département.
Une méthode qui complète, sans remplacer
Le lait de chaux ne se substitue pas au gravillonnage, cette technique plus ancienne qui consiste à répandre des graviers sur l'enrobé pour le protéger. Les deux méthodes se complètent : l'une refroidit la chaussée, l'autre la protège mécaniquement.
L'intérêt va au-delà de la prévention immédiate. En évitant la dégradation des routes pendant les épisodes de chaleur, les collectivités espèrent aussi réduire les coûts de réfection à long terme. Reste à voir si cette technique, déjà adoptée par la Côte-d'Or ou le Rhône, deviendra un réflexe systématique de l'Yonne à chaque alerte canicule.
Sarah Milen

