
Il aurait cent ans cette année. Le Château de Ratilly, dans l'Yonne, lui consacre tout un été : du 20 juin au 1er novembre, « Chroniques de la lumière » réunit peintures, céramiques, sculptures et archives de Shafic Abboud, peintre né au Liban en 1926 et mort à Paris en 2004.
Abboud arrive à Paris en 1947. Il y restera jusqu'à sa mort, sans jamais vraiment quitter le Liban, il y retourne sans cesse, par séjours, par enseignement, par fidélité. Cette double vie ne reste pas anecdotique : elle traverse toute sa peinture. On y sent du Bonnard, du de Staël, mais aussi les tapis d'Orient, les enluminures persanes, les iconostases. Sa peinture ne tranche jamais entre figuration et abstraction ; elle laisse les formes émerger puis se dissoudre.
Le choix de Ratilly tient à une histoire de voisinage. Abboud avait une maison à Donzy, à quelques kilomètres, et venait régulièrement au château — pour la peinture, mais aussi pour la céramique, qu'il pratiquait avec passion. Le lieu, centre d'art privé depuis 1956, a accueilli ses amis peintres : Marfaing, Brunschwig, Louttre B.
L'exposition se déploie salle par salle, de la salle des gardes à la tour, jusqu'à la salle des hirondelles consacrée à la couleur. On y verra Matin à Montsouris (1973), toile bleue dense, ou Jaunes ou Éblouie (1995), monochrome presque aveuglant, mais aussi des pièces plus modestes : tempera sur carton, boîtes peintes, souvenirs d'enfance transformés en objets. Le commissariat, assuré par Christine Abboud, Robert Lévy et Claire Sauvage, a cherché à montrer la continuité d'un travail qui a duré plus de cinquante ans sans jamais se répéter.
Le vernissage, samedi 20 juin à 18h, coïncide avec la Fête du solstice, rendez-vous traditionnel de Ratilly. En soirée, Renaud Garcia-Fons et Claire Antonini donneront un concert, Farangi, du Baroque à l'Orient, un programme qui résonne directement avec le sujet de l'exposition. Un catalogue de 48 pages accompagne l'événement, avec des textes d'Albert Dichy, Benoît Decron, Christine Abboud et Robert Lévy.

Abboud n'a jamais cherché à se faire une place dans une seule case. Les institutions françaises l'ont reconnu de son vivant ; depuis les années 1990, ce sont surtout les grandes collections du Moyen-Orient et du Golfe qui ont fait grimper sa cote et sa notoriété. Ratilly, loin des circuits parisiens, choisit de le montrer pour ce qu'il était avant tout : un peintre de la couleur, attaché à un lieu et à des amitiés autant qu'à une histoire transnationale.
Dates : 20 juin - 1er novembre 2026
Lieu : Château de Ratilly, 89520 Treigny, Yonne, Bourgogne
Téléphones visiteurs :
06 09 12 13 74 - accueil
07 66 20 47 83 - réservations visites guidées de groupes déjàconstitués (20 personnes minimum)
Clara Varenne

